Le magot évaporé du maire LR de Tarbes

Publié le par Tarbes Citoyenne

Le magot évaporé du maire LR de Tarbes

Article de Médiapart - 30 mars 2017 Par Antton Rouget

Une expertise judiciaire sur les activités de commissaire aux comptes du maire de Tarbes, Gérard Trémège, conduit les enquêteurs sur la piste de 180 000 euros qui n’ont pas laissé de traces... Où est l'argent ?

Un puits sans fond. Les affaires judiciaires de Gérard Trémège à Tarbes n’en finissent pas de déboucher sur de nouvelles investigations. Le maire LR de la capitale des Hautes-Pyrénées est déjà mis en examen dans deux procédures disjointes : la première pour « prise illégale d'intérêts », « favoritisme » et « trafic d’influence passif » dans l’attribution de plusieurs marchés publics ; et la seconde pour « travail dissimulé ». Dans le cadre de cette dernière, les enquêteurs s’interrogent désormais sur la destination de plusieurs dizaines de milliers d’euros apparaissant dans la comptabilité professionnelle de l’élu, qui fut commissaire aux comptes de 1974 à 2012.

Selon les informations de Mediapart, c’est une expertise judiciaire, ayant atterri sur le bureau du juge d’instruction du TGI de Tarbes le 2 février, qui a alerté sur l’impossibilité de tracer cette importante partie du chiffre d’affaires encaissé par Gérard Trémège en 2010 : « Le montant de 180 782 euros ne transite pas sur le compte bancaire privé de M. Trémège no[X], détenu à la banque Banque Populaire Occitane » et qui constitue l’unique compte courant de l'élu dans sa déclaration fiscale.

« Il serait souhaitable que ce dernier explique sur quel compte bancaire il a encaissé » cette somme, poursuit par écrit l’expert judiciaire qui n’a reçu aucune réponse de l’élu malgré une demande officielle adressée par courrier recommandé le 2 janvier. Même mutisme face à Mediapart : contacté sur son téléphone personnel, Gérard Trémège n’a pas retourné nos sollicitations. Un silence qui ne doit rien au hasard : « Cette absence de coopération doit certainement couvrir d’autres délits », note, cinglant, l’expert en conclusion de son rapport.

Outre l’évaporation de ces 180 000 euros, l’expertise judiciaire établit sur 25 pages une impressionnante liste d’irrégularités : des fraudes les plus basiques (absence de paiement des cotisations maladie, maternité, indemnités journalières, retraite de base et complémentaire, invalidité et décès, formation continue, CSG et CRDS en 2010, de CSG et CRDS pour 2011 et 2012, absence de numéro de TVA sur ses factures, etc.) à des montages plus sophistiqués.

Travailleur indépendant à partir de 2010, Gérard Trémège a par exemple fait appel à de la sous-traitance dans des conditions troublantes. En 2010 et 2011, plusieurs factures montrent que le maire de Tarbes a puisé dans le personnel de la Sofec, société dont il détenait des parts jusqu’en janvier 2010, pour mener ses missions. Gérard Trémège a pris en charge les frais de formations de ces employés qui travaillaient exclusivement pour lui sans pour autant les recenser dans l’effectif de sa société.

Le commissaire aux comptes n’a en outre jamais signé aucun mandat de sous-traitance avec la Sofec – comme l’y oblige pourtant le Code de commerce. Sollicité par Mediapart, le patron de la Sofec, Yves Piette, a refusé de s’exprimer sur ce dossier explosif. Dommage, car les interrogations sur sa relation avec le maire de Tarbes alimentent un autre point du rapport. En 2011, la Sofec a sous-traité pour 322,34 euros une prestation que Gérard Trémège a lui-même re-facturée 3 731 euros à un autre commissaire aux comptes…

Les méthodes peu orthodoxes de Gérard Trémège lui ont aussi permis d’éviter de déclarer une partie de ses activités à la « Compagnie des commissaires aux comptes » (déclaration servant au calcul des cotisations nécessaires au fonctionnement de l’organisme). Le maire a parfois agi par omission, mais est aussi allé jusqu’à établir de fausses factures au nom d’une autre société de commissaires aux comptes tarbaise, révèle l’expertise. Une mention spéciale « à l’ordre de Gérard Trémège » figurait tout de même sur les documents.

Faisant fi des obligations légales, notre professionnel en chiffres a aussi été le commissaire aux comptes de l’imprimerie Péré, société dont il est actionnaire et a touché des dividendes de plusieurs milliers d’euros en 2010, 2011 et 2012.

L’expertise judiciaire s’est aussi penchée sur la liste de quinze associations dont Gérard Trémège a été le commissaire aux comptes, sans pour autant, là encore, le déclarer à la « Compagnie des commissaires aux comptes ». Dans le cas d’associations subventionnées par la ville, le risque d’atteinte à l’impartialité du vérificateur des comptes paraît évident.

Les montages en trompe-l’œil du maire de Tarbes ne s’arrêtent pas là. Comme Mediapart l’a déjà révélé, Gérard Trémège a également continué à offrir – sous couvert de ses activités de commissaire aux comptes – des prestations relevant de l’expertise comptable après avoir été radié de l’ordre des experts-comptables le 7 janvier 2010.

Mais il y a encore plus grossier. Pour exercer jusqu’en 2012, l’édile – « professionnel averti », comme se plaît à le rappeler l’expertise – a opéré avec un numéro Insee correspondant… à son ancien numéro de président de Chambre de commerce, activité qu’il a pourtant cessée en 2002. « Ce numéro authentifie l’activité à tous les intervenants : services fiscaux, compagnie des commissaires aux comptes, centre de gestion agréé et Cavec [caisse d’assurance vieillesse– ndlr]. Il est pour le moins ahurissant qu’aucun de ces organismes n’ait découvert cette fraude », s’étrangle l’expert.

C’est là une des questions sous-jacentes à ce rapport accablant : comment l’administration a-t-elle pu passer à côté de ces maquillages flagrants ? Outre le mutisme de Gérard Trémège, l’expert judiciaire relève dans sa conclusion qu’il a dû ferrailler pendant plusieurs mois contre « l’inertie » voire « la mauvaise foi » des différents organismes pour mener à bien ses recherches. Ses investigations poussives n’auraient d’ailleurs jamais pu voir le jour sans l’alerte donnée par un fonctionnaire de l’Urssaf fin 2013. Faute de quoi, Gérard Trémège coulerait aujourd’hui une retraite paisible à la tête de la mairie de Tarbes.

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